Accueil > "Guelma encore, Guelma toujours" par Jacky MALLEA

Guelma encore, Guelma toujours !

C'est en 2008 que je prends la décision de retourner une fois encore à Guelma.
Je suis prêt à m'inscrire au voyage organisé par l'association Joinville Le Pont / Guelma. Mais entre temps, le film " Les Parfums de ma terre " de Mehdi Lallaoui sort en avant première.
Ce film est celui de ma vie, celui des liens qui m'unissent à cette ville que j'aime tant. Des articles paraissent dans la région annonçant l'évènement. Dans la salle, des femmes nées à Guelma, comme moi, mais n'étant jamais retournées, sont frappées par le contenu.
Une rencontre est organisée et nous décidons de participer au voyage en 2009.
D'autres personnes qui n'ont aucun lien avec ce pays éprouvent également le désir de participer au voyage.

Les dés sont jetés. Les dates fixées du 10 au 17 mai 2009. De suite germe en moi l'idée de la projection du film à Guelma.
Des contacts sont pris. Mais il est difficile d'organiser un tel évènement quand on est loin.
Le hasard fait bien les choses, chez nous on appelle cela "Le Mektoube". Le 1er février 2009, à Nîmes, lors d'un débat autour du film " Les Parfums de ma terre ", je retrouve un Guelmois que j'avais rencontré en 1989, Mohamed BENCHEIKH. Je lui fais part de notre prochain voyage à Guelma et de mon désir de projeter le film. Devant se rendre prochainement en Algérie, il me promet qu'il entreprendra les démarches. Nous restons en contact téléphonique, mais cela s'avère difficile.

Et puis le grand jour arrive. Nous sommes douze à quitter Perpignan tôt le 10 mai pour rejoindre l'aéroport de Marseille/Marignane.
L'avion décolle à 11h50. Pour moi j'ai seulement l'impression de revenir chez moi. Pour les trois femmes, l'attente d'entrevoir les côtes Algériennes au travers du hublot les charge en émotion.
L'avion entreprend la descente vers Annaba, les côtes apparaissent. C'est le silence dans les rangs. Puis c'est la descente de l'escalier. Nous allons fouler cette terre d'Algérie qui nous a vu naître.
Chaque participant a des questions plein la tête. Comment allons nous être accueillis après 47 ans ? Comment est-ce cette Algérie de notre mère, celle de ma femme. D'autres découvrent pour la première fois ce pays dont ils ne se souviennent pas en avoir entendu trop parler.

Le bus est là, direction Guelma. Pas plus tôt posées les valises, le groupe se dirige vers le centre ville. Les questions fusent "Jacky, ce n'est pas l'avenue qui allait au cinéma ? " "Non c'est la suivante". Nous arrivons sur le "cours Bonnet". Là il y avait... et là c'était... On tourne à droite, et là... surprise un marchand de beignets. Tout le passé resurgit d'un coup. Des gens sympathiques rient de nos réactions. On nous invite, on regarde curieux ce geste que l'on connaît si bien, la formation du beignet par des doigts bien huilés et le coup de main pour jeter la pâte dans l'huile chaude. Les odeurs reviennent avec l'envie de déguster un beignet chaud. Les anciens redécouvrent le goût, les nouveaux apprécient.

Nous continuons notre re-découverte de la ville. La mosquée (ancienne église), la place (sans le kiosque à musique). Direction l'hôpital, endroit où deux participantes ont vécu.
Sur le chemin nous rencontrons mon ami Mohammed Laïd GASMI qui, entre deux voyages, reste le lien entre Guelma et moi.
Nous entrons dans l'enceinte d l'hôpital, mais nous n'avons pas d'autorisation. ML entreprend les démarches nécessaires, mais doit se rendre à l'évidence, il faut s'adresser plus haut. Nous comprenons parfaitement.

En sortant de là, Nicole se souvient, dans la maison d'en face vivait sa copine musulmane. Elle sait que cette dernière n'habite plus avec sa famille, mais l'envie de frapper à la porte est plus forte. C'est la sœur de son amie qui ouvre. Nicole et sa sœur sont accueillies à l'intérieur, nous, nous continuons.
L'ancienne rue d'Announa, le marché couvert, le cours Bonnet et la pâtisserie qui lui a donné son nom. Comme je leur avais dit, les anciens retrouvent le lieu dans le même état. On revoit les plaques de gâteaux exposés. Le patron, ancien employé de Bonnet nous invite à déguster quelques gâteaux et propose des boissons fraîches. Tout ceci, bien sûr, gracieusement.
Servant toujours de guide, je propose au groupe d'aller rencontrer mon ami Rachid BENCHEIKH qui tient la librairie derrière le théâtre municipal. Et oui, il est toujours là. Peut-on entrer pour voir ? Mais bien sûr, sans problème. Nous entrons côté scène, ce qui nous permet d'avoir une vision large sur ce théâtre qui nous ramène des décennies en arrière. Moi, j'y ai fait de la musique dans l'Orchestre "Les Typico's", les filles y ont danser en tutu ! Que de souvenirs. Deux comédiennes de la troupe de mon village participent au voyage. Quel plaisir pour elles de fouler la scène d'un théâtre, celui de leur metteur en scène !
L'accueil de Rachid est chaleureux, convivial, et tout le groupe reconnaît en lui, l'ami que je leur avais décrit. Le retour à l'hôtel est fait de commentaires, de souvenirs, d'émotions.

Lundi 11 mai

Direction Annaba. Nous retrouvons en bordure de route, les nids de cigognes occupés par des petits, perchés en haut des pylônes électriques. Curiosité pour nos amis français, surtout du sud de la France. Visite de la basilique Saint Augustin, du phare et du vivier. Déjeuner au bord de la plage, puis direction le village de Seraidi d'où nous redescendons, pour la plupart en télésiège. Vue magnifique sur Annaba. Mais tous attendent le moment tant réclamé, celui de l'arrêt sur le cours de la révolution (ex cours Bertagna). Les baraques à glaces n'ont pas bougé. Nous occupons trois tables et commandons…des créponnets (sorbet au citron). Sur cette immense esplanade, où une foule compacte nous entoure, nous avons une drôle d'impression. Celle de nous retrouver chez nous, sans y être vraiment !

Mardi 12 mai

Constantine, son musée CIRTA où en plus des nombreux vestiges romains, nous avons la chance de rencontrer les membres d'une association présentant l'artisanat local. Nous échangeons, c'est le bon côté de ces voyages. Repas dans un restaurant local. Depuis le matin, une fille du groupe se pose la question de savoir si l'on pourra faire un détour par EL M'LILA où à quelques kilomètres de là, elle a vécu 12 ans ? Le village s'appelait Berteaux. Nous apprenons qu'aujourd'hui c'est Ouled Hamla. On y va. Arrivés dans le village qui a grandit, nous nous dirigeons vers le vieux village. Et là, la magie se produit. Geneviève reconnaît la place, mais essaie de se repérer. Elle n'en aura pas le temps car déjà des gens arrivent de toutes parts. Un homme s'avance et la reconnaît, ils étaient à l'école ensemble. EMOTION. Une des filles remonte dans le car en pleurant. Geneviève s'en va, bras dessus, bras dessous vers SA maison. La foule suit. On regarde les murs, les souvenirs se bousculent, les larmes coulent. Les enfants acceptent les bonbons. On échange les adresses, on promet de revenir. Mais il nous faut partir, la route est encore longue. Le car démarre laissant une foule de gens qui se demande " Que s'est-il passé ?" Dans le bus, par respect pour l'émotion ressentie par Geneviève et ses cousines, le silence est de rigueur. Pour le groupe ce sera une journée marquante. Pendant ce temps, à Guelma, quelques amis oeuvrent toujours pour organiser la projection du film.

Mercredi 13 mai

Palais de la culture, Hammam Meskoutine, Sidi Mohammed Ali. Un petit problème de programmation se dessine et perturbe un peu le groupe. Moi, j'ai retrouvé ma famille et je rejoins le groupe le soir à l'hôtel. Ayant rencontré la directrice du Palais de la Culture le matin, je sais que le film est programmé pour le vendredi soir à 18h30. Mais un coup de fil m'apprend qu'il manque l'accord du Walli (préfet). Rapidement des dispositions sont prises et une rencontre est organisée avec un ancien député M. ABDAOUI Mohammed Salah qui nous assure que le lendemain, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour régler le problème.

Jeudi 14 mai

Je ne suis pas très rassuré. Je dois attendre, d'ici midi, un coup de fil pour être sur ou pas de la programmation du film. Direction les vestiges de Thibilis, la rivière souterraine. Déjeuner local autour de bonnes brochettes assorties de galette. 14h, le téléphone sonne. C'est bon la soirée pourra avoir lieu. Rentré à Guelma je vais voir untel, et un tel pour lancer les invitations. Mais mon ami Mohammed Laïd a déjà commencé et inlassablement il fait le tour de la ville pour afficher et lancer les invitations. Il pleut à verse. Ce soir là, mes amis algériens me proposent d'aller faire un tour aux environs de Guelma. Je revois les endroits de ma jeunesse, les villages que je traversais. Et puis l'aérodrome d'où je m'envolais pour aller rejoindre ma copine à Constantine. L'heure passant, je demandais à mes copains de bien vouloir me ramener car il y avait dans le groupe, un anniversaire. J'avais dit un mot de trop. La voiture s'arrêta devant un magasin et un cadeau acheté. Je regagnais l'hôtel avec la consigne de ne rien dire. Au milieu du repas, Alain qui fêtait ses 61 ans eut la surprise de voir arriver trois messieurs qui lui remirent le cadeau, ainsi qu'un bouquet de fleurs. Stupéfait il en revenait pas. Un magnifique gâteau clôtura le repas.

Vendredi 15 mai

Il pleut toujours. La journée est libre. Quand nous le pouvons, nous allons revoir certains endroits de Guelma, et rencontrer des amis. A 16h une collation est prévue chez notre ami Rachid. Tout en discutant nous pouvons déguster les délicieux gâteaux et autres friandises, arrosés d'un excellent thé à la menthe. Depuis lundi, un jeune de Guelma nous accompagne et servira de guide, surtout pour demander des directions et autres renseignements dans la langue locale. C'est HABIB, le fils de Rachid. Discret, calme il a su répondre à toutes les questions du groupe. Sa gentillesse a été reconnue par tous. Il est 17h30. Il est temps pour moi de rejoindre le palais de la culture pour voir si tout est en place. Parfait tout est OK! Il n'y a plus qu'à attendre le public. Et il arrive. La salle de 200 places se remplit. Je reconnais certains, mais d'autres me sont inconnus. Déjà les appareils photos crépitent. La directrice de la maison de la culture, Mme BOUNEDJOUM BOUKHAROUBA Fouzilla me laisse entièrement l'organisation de la soirée. C'est TRES ému que je prends la parole pour présenter le film. Cinquante deux minutes plus tard, les lumières s'allument sous un tonnerre d'applaudissements. Pour moi ce moment sera gravé à jamais dans mon esprit. J'ouvre le débat aux côtés de ma sœur et mon frère. Je pense à ma mère qui aurait été contente de nous voir tous les trois réunis. J'explique le pourquoi du film, lié à mon histoire avec Guelma et mon engagement actuel en France contre tous les nostalgiques de la colonisation. Toute la salle, où certains me diront qu'ils ont versé une larme, est attentive pendant tout le débat. Mais les bonnes choses ont une fin. Là je suis submergé par des gens qui viennent spontanément me serrer la main, me remercier pour ce moment d'émotion. Il y a le Président du croissant rouge, celui de l'association du 8 mai 45. Un des témoins du film reste un long moment avec moi et pose devant les photographes. Les enfants d'un autre témoin, maintenant disparu, me remercient chaleureusement. Des femmes m'avouent avoir pleuré, d'autres me disent avoir bien connu ma mère etc…Une française du groupe me dit "Je crois qu'au festival de Cannes, il n'y aura pas eu autant de photos de prises, qu'ici !" Pour finir en beauté, la directrice m'offre une magnifique peinture exécutée par une artiste de Guelma. La salle se vide, ce moment de rencontres, d'échanges se termine. Nous rejoignons l'hôtel.

Samedi 16 mai.

Nous décidons de ne pas faire l'excursion prévue du fait que nous n'avons pas tout vu à Guelma et que nous avons des invitations. Le théâtre Romain, autre moment d'émotion pour les Guelmois, les autres découvrent. Chacun y va de ses commentaires. Les filles se remémorent les fêtes scolaires organisées dans ce lieu antique. Puis à ma demande, nous nous dirigeons vers le musée de la révolution. Accueil chaleureux, retour en arrière où des noms reviennent en mémoire. Images que je peux comparer avec ce que j'ai lu. La directrice me prie de bien vouloir lui accorder un entretien. Le groupe me laisse là, car il a encore à découvrir l'artisanat local et puis les Guelmoises doivent aller à Héliopolis essayer de retrouver la ferme des grands parents. Elles reviennent enchantées. Elle est intacte. Elles reconnaissent les lieux et sont fières de nous montrer les photos. Grâce à mon ami ML GASMI, elles ont l'autorisation d'aller visiter l'hôpital, lieu de leur vie en Algérie. C'est le Directeur en personne qui fait le guide.

Fait marquant : Un soir, au cours du repas, une dame demande à nous rencontrer. Ce que nous faisons à 2 ou 3. Elle nous dit qu'elle habite la maison de Marcel LEPORI. Depuis 47 ans elle conserve précieusement des albums photos appartenant à cette famille. Elle a toujours cherché à rencontrer des Français capables de récupérer ses objets afin de les remettre à cette famille. Je connais cette dernière qui se trouve dans notre département. Je l'assure que ce sera fait. A mon retour, j'ai contacté cette famille qui doit venir récupérer son bien. Le repas est silencieux, c'est le dernier. Alors que pendant une semaine, nous avions oublié notre vie quotidienne, là nous prenons conscience que demain tout allait encore basculé. Mais les Algériens sont imprévisibles. Un de ceux qui nous suivait plus ou moins depuis quelques jours arrive avec un sac plastique. Il en sort des bouteilles d'eau de fleur d'oranger et les distribue au groupe. Le dernier cadeau. Tout le monde va se coucher car demain on se lève très tôt, pour partir à 5 heures.

Dimanche 17 mai

L'avion décolle, les côtes Algériennes s'éloignent. Cette fois ci, nous partons avec l'ultime conviction de revenir un jour. Pour moi ce voyage m'a comblé. Etant un peu l'instigateur, je sais que les filles ont comblé un vide de 47 ans. Je sais également que les Français qui ne connaissaient pas l'Algérie sont revenus avec une autre vision de l'Algérien. Pour finir il était très important pour moi de projeter le film à Guelma. Depuis mon retour j'ai eu l'occasion de parler de notre voyage à certains pieds noirs de Guelma. J'ai envoyé des photos. Ils m'ont assuré que s'ils n'avaient pas eu le courage de retourner dans leur ville, ils le feraient certainement maintenant. Alors un autre voyage à Guelma ? Pourquoi pas !

Il me reste à remercier chaleureusement mes amis, Mohamed Laïd GASMI – Mohamed BENCHEIKH – Rachid BENCHEIKH – Mohamed Salah ABDAOUI – Mohamed BOUGHABA – Le Docteur BOUGHABA, sans oublier Madame BOUNEDJOUM-BOUKHAROUBA Fouzilla, Directrice du Centre Culturel de Guelma pour son accueil. Je charge toutes ses personnes de transmettre mes remerciements à tous ceux qui nous ont accueillis, et qui m'ont permis de projeter le film "LES PARFUMS DE MA TERRE" dans cette ville de GUELMA. D'autres initiatives sont à prévoir, d'autres rencontres afin que soit préserver la paix entre des hommes de bonne volonté.

Sincères remerciements à Monsieur ILLES Abdallah, aux enfants de Monsieur TAHAR Mohamed qui m'ont fait l'honneur d'assister à la projection du film.

Jacky MALLEA
jacky.mallea@wanadoo.fr